Yumé Péma, atelier de haute façon laser

Entretien exclusif de Mariane Léger, fondatrice de Yumé Péma, designer sensoriel et artisan d’art.

Au cœur du salon Première Vision Paris, Maison d’Exceptions est un espace exclusivement réservé aux designers de mode et aux marques de luxe. Cet écrin accueille 27 ateliers aux savoir-faire rares et offre une diversité internationale de techniques exceptionnelles. Pour l’édition de février 2017, Yumé Péma rejoint Maison d’Exceptions pour la première fois.

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En quoi l’expertise de Yumé Péma, atelier de haute façon laser est-elle singulière ?

La capacité, grâce au laser, à transformer la matière de façon extrêmement précise, au dixième de millimètre près, ce qui est impossible à réaliser à la main, fait de Yumé Péma un atelier de haute façon laser. Détails de gravure et de découpe au laser sont obtenus sans laisser ce qu’on appelle ces traces de combustion. Quand je mets la matière au contact de la chaleur, je sais que celle-ci fondra, se crispera ou s’enflammera etc. Cette compréhension est de l’ordre de l’intuition. Avec le laser, je dirais que l’atelier pratique l’art de maitriser le feu. C’est ainsi que je vis mon métier en tant que designer et artisan d’art.

Malgré son potentiel, la découpe laser, observez-vous, reste méconnue… A quelles idées reçues voudriez-vous tordre le cou ?

Le laser ne brûle pas forcement, ne détruit pas tout et n’est pas toujours cheap. Quand on acquiert la compréhension de la matière et du fonctionnement du laser, on se dote d’une espèce de capacité à dompter la technologie et le matériau. On peut aller bien plus loin que l’on ne l’imagine. Les directions artistiques ayant fait appel à moi s’exclament : « Waouh, c’est possible : on peut faire ça ! »  La mise en œuvre d’un projet nécessite jusqu’à deux ans parfois : le temps que les directions artistiques comprennent le champ des possibles et se l’approprie d’un point de vue stylistique.

Quelle réalisation fait la fierté de votre atelier ?                                 

J’ai une satisfaction à chaque fois que je repousse le potentiel d’une matière, car je me considère comme une exploratrice.  Par exemple, je suis parvenue à découper de l’orylag blanc sans laisser de traces de combustion sur la longueur du poil.  Une première !  De même, j’ai réussi à travailler le twill de soie après que le client ait tenté, sans succès, découpes laser, au jet d’eau et emboutissage. Une vraie récompense ! Plus étonnant : j’ai été contactée par l’industrie parapharmaceutique. J’ai découvert la possibilité de graver des films de 30 microns d’épaisseur !

En quoi votre ancien métier de modiste pour la haute couture vous aide dans vos développements ?

Aujourd’hui, par exemple,  je grave, découpe, et fais de la marqueterie avec la plume. On ne manipule pas une plume par hasard : on l’a croisée et l’on a observé son potentiel. C’est la découverte qui m’a le plus émerveillée !  Pour moi, la chapellerie, c’est presque la voie royale de l’exploration des matériaux souples et textiles, car j’ai accumulé une gigantesque banque de données de matières.

Le bois fait partie de vos matériaux de prédilection. En 2015, vous êtes lauréate du concours ARTINOV catégorie “Procédé de Production” pour une innovation en marqueterie de bois. Vous l’explorez aussi dans la mode. Une pièce sera présentée à Maison d’Exceptions…

C’est un manteau rebrodé de 527 pièces de bois découpées au laser. L’idée est de sensibiliser les professionnels à ce qu’on peut faire d’infiniment fin et d’infiniment exceptionnel avec du laser quand on connait bien certains matériaux textiles et durs. Je fais de la dentelle avec du placage de bois, toujours avec une exploration poussée et inédite. Je façonne le bois comme une matière pour l’incrustation, la rebroderie, ou l’accessoirisation. La mode n’a pas fini d’explorer le potentiel du bois !

Quelles sont les applications possibles de votre découpe au laser?

Tout ce qui peut être réalisé à partir d’un tissu, puisque ma technique de découpe au laser permet de réaliser des surfaces souples à partir de l’assemblage de petites pièces : des empiècements de matières découpées pour vêtements, petite maroquinerie ou bijoux mais aussi des matières transformées et ciselées de façon complexe à utiliser comme des pampilles ou paillettes. Je reste un atelier de fabrication artisanal et n’ai pas, pour l’instant, la capacité de produire des milliers de pièces, sauf si elles sont petites. Par principe, je peux explorer les possibilités sur toutes les matières.

Propos recueillis par Stéphanie Bui,  fondation et rédactrice @The Daily Couture.com/fr

IMPORTANT : Maison d’Exceptions est réservé aux acteurs des marchés du luxe féminin et masculin -habillement, maroquinerie, chaussure et bijoux. Pour une qualité de travail optimale des ateliers et des visiteurs présents, Première Vision se réserve le droit d’entrée sur cet espace.