Taux de change et stratégies d’approvisionnements

“Depuis presque un an, nous avons tendance à réduire notre part d’approvisionnement en Asie – où nous sommes défavorisés par un paiement en dollars américains –, pour la rediriger vers l’Europe de l’est. Cela facilite aussi notre politique de réassort.” Dan Benayoun, directeur de production associé, Zapa

“La fluctuation des devises peut faire du bien à notre production sur le long terme. Les professionnels vont se recentrer sur le bassin méditerranéen. L’un des plus gros bénéficiaires sera sans doute la Turquie, mais le Maghreb et l’Europe de l’est ne seront pas en reste.” Karim Tazi, PDG Sefita, Fabrics

“La hausse des prix en 2016 semble inévitable pour compenser la perte des marges suite aux fluctuations de taux de change.” Telle est l’analyse présentée par le Directeur de l’Observatoire Économique de l’IFM, Gildas Minvielle, sur le nouveau panorama du sourcing mondial.

Les observations statistiques proposées mardi 16 février lors de la conférence qui s’est tenue à Première Vision Paris ont été complétées par les témoignages d’une centaine de marques et de producteurs recueillis fin 2015 par l’IFM*. “La fluctuation est liée aux variations des devises et de leurs taux de change, et non à l’augmentation stricto sensu des matières premières“, poursuit Gildas Minvielle. “L’appréciation des prix des approvisionnements est imputable à l’appréciation  du dollar américain, dont la valeur a bondi de 20 % rien qu’en 2015.” Autre facteur sous-jacent, l’appréciation des salaires, qui ont par exemple “plus que triplé sur dix ans en Chine suite à son changement de modèle économique, misant sur une croissance endogène à présent plus tournée vers la consommation intérieure que vers le  commerce extérieur”, développe Gildas Minvielle.

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Dans le domaine de l’approvisionnement textile des marchés européen et américain, la Chine a justement légèrement fléchi, tandis que les autres pays d’Asie occupent une place toujours plus centrale, et que le pourtour du bassin méditerranéen baisse légèrement. Dans ce contexte, nombre de professionnels de la mode témoignent de l’érosion de leurs marges. Plus de deux tiers d’entre eux répercuteront de façon partielle ou totale cette question des surcoûts de l’amont sur leurs prix finaux.

Pour faire face, Gildas Minvielle a esquissé plusieurs hypothèses : massifier ou rationaliser les achats de matières premières, conserver davantage de budget pour le court terme et le sourcing de proximité afin d’être au plus près de la mode et de la volatilité de ses tendances, etc. D’ailleurs, la moitié des interrogés* environ pensent accroître leur réassort. Le directeur de l’observatoire économique de l’IFM se veut rassurant : “Même si la hausse des prix en 2016 semble inévitable pour compenser la perte des marges suite aux fluctuations des taux de change, elle ne sera pas homothétique, mais “stretchée” pour ne pas changer la moyenne générale des prix.”

* Étude Chaire IFM/Première Vision : “Le nouveau panorama du sourcing mondial: Comment l’euro rebat les cartes des approvisionnements”

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Une Chaire IFM / Première Vision

Deux acteurs phares du monde de la mode se sont associés. Première Vision S.A. et l’Institut Français de la Mode (IFM) ont lancé une chaire sur l’économie des matières créatives pour la mode depuis le 1er janvier, et ce pour au moins 3 ans. Unissant leurs expertises et leurs savoir-faire respectifs, ils élaborent ensemble un indicateur économique international sur l’activité textile dédiée à la mode créative, et analysent l’évolution conjoncturelle de l’industrie avec des études spécialisées à la clef. Le premier fruit de cette collaboration est la présentation d’une conférence sur le sourcing à Première Vision Paris, les mardi 16 et jeudi 18 février à 14h, HALL 5, SALLE 501.

Plus d’infos sur la Chaire IFM-Première Vision >

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