Bilan produits saison

AH 17/18

Aguerris aux turpitudes de la mode et aux changements de conjoncture, les exposants de Première Vision Leather ont encore une fois démontré leur dynamisme et leur créativité pour proposer toujours plus de solutions à leurs clients. S’ils savent garder voire perfectionner  leurs valeurs sûres, ils innovent en permanence pour trouver de nouvelles finitions, de nouvelles propriétés et améliorer les process en vue d’une production plus rationnelle et plus écologique. Les visiteurs ne s’y trompent pas, en venant à Première Vision Leather, pour trouver de quoi doper leurs collections.

Produits et finitions : les tops de la saison

La réputation de Première Vision Leather et de ses exposants n’est plus à faire auprès d’un public fidèle et connaisseur. Celui-ci vient donc au salon avec des idées et des projets précis qu’il va directement chercher chez les spécialistes. Ce qui incite Jean-Charles Duchêne de la mégisserie Alric à penser qu’il faut « rester sur ses points forts et garder son niveau de qualité et de fiabilité auquel les maisons accordent tant d’importance ». Toutefois, acheteurs et stylistes ne se refusent pas le plaisir de découvrir les nouveautés des tanneurs et se laissent volontiers inspirer par leurs dernières trouvailles.

L’agneau plongé, dans ses versions les plus traditionnelles et authentiques, conserve son infaillible cote auprès des créateurs pour son toucher soyeux et doux et son rendu des couleurs surtout lorsqu’elles sont vives. En fine épaisseur, il ne se limite pas à la ganterie et suscite aussi beaucoup l’intérêt des stylistes. Et pour les plus érudits, la race métis se révèle un must. Contrecollé sur une toile stretch, il acquiert des qualités particulièrement intéressantes pour les professionnels de la chaussure. Avec une crispation chimique et un foulonnage, il prend un aspect grainé aussi séduisant qu’étonnant. Avec sa laine dense et soyeuse, le mérinos reste le nec plus ultra du double face.

    bodin joyeux agneau plongé
© Bodin Joyeux

Classique et indémodable, le veau lisse finissage aniline ne se départit pas d’un succès bien mérité. En particulier dans sa version la plus noble, le box. « Il reste un must pour la maroquinerie et la chaussure de luxe » rappelle Gianfilippo Seitesoldi de chez Conceria Miura.

veau box T du Puy
© Tannerie Du Puy

 Aussi marginal qu’original, le baby veau enthousiasme les marques les plus élitistes, spécialement en finition velours et dans des couleurs éclatantes.

baby veau velous Alric
© Mégisserie Alric

Côté caprin, la chèvre velours continue sa progression dans l’estime des acheteurs, alors que ses versions naturelles grainées et liégées ne déméritent pas.

Chez les bovins, la lisseur naturelle associée à une certaine souplesse remporte la mise. Ce qui n’empêche pas le succès de versions fantaisies décorées de motifs serpents par un grain mécanique ou une impression digitale. Le nubuck de vache ou vachette a aussi beaucoup plu chez plusieurs de nos sondés. Enfin, le taurillon marqué d’un grain mécanique de petite taille semble d’un réel intérêt pour la maroquinerie.

Parmi les exotiques, le croco demeure au sommet de la hiérarchie des peaux précieuses. Les stands des spécialistes ne désemplissaient pas. Il faut dire que ceux-ci rivalisent d’inventivité pour lui donner les aspects les plus incroyables. On l’a même vu doré à la feuille chez Cuir de Lagny. Mais au jeu de l’originalité, le python tire son épingle avec des finissages fantaisies laminés ou peints à la main.

 

python Legnotan
© Legnotan

Incontournable dans les collections hivernales, la fourrure ne se contente plus d’exprimer sa beauté naturelle. Elle se mélange aux tissus ou mêle ses races par des techniques sophistiquées, des assemblages spéciaux. Rond et d’une douceur infinie, le renard épilé et rasé pourrait être la prochaine lubie des fashion victimes.

Les couleurs

Par prudence autant que par tradition, les couleurs classiques du cuir restent les plus plébiscitées. Le noir, bien sûr, les naturels aussi, du beige au brun, en passant par les taupe, camel, Cognac et marron, dominent la palette. Les bleus, marine en tête, dans des nuances plus ou moins foncées, mais également ardoise, denim, ciel et Klein, séduisent toujours les professionnels. Le gris ne faiblit pas non plus dans leur estime. Mais ils croient aussi au rouge vif et au bordeaux pour magnifier les peaux. Certains tenteront même des paris plus osés en orange, violet et vert pâle. 

Projets et développements

« La situation est compliquée et il est difficile de prévoir des développements à moyen ou long terme » nous confie un exposant. Pourtant, les tanneurs se doivent d’innover sans cesse et de faire évoluer leur gamme pour surprendre les créateurs, voire inspirer leurs collections. Deux tendances opposées se dégagent des confidences des tanneurs interrogés. D’un côté, certains veulent parfaire leurs classiques : « produire un cuir de bovin plus souple, plus transparent, plus élégant » confie l’un d’eux ; « améliorer la qualité des peaux et fournir plus de premier choix » déclare un autre ; « proposer plus de finissage aniline, lisse ou avec un grain mécanique » indique un troisième au sujet de ses taurillons. D’un autre côté, des exposants insistent sur la nécessaire créativité de leur démarche et assurent vouloir encore l’intensifier. Par impression mécanique ou digitale, les spécialistes de la fantaisie étofferont encore leurs collections. « En nous calant sur la demande, nous voulons multiplier les finitions, par transfert notamment » explique Jérémie Meiler de Rial 1957. « Nous allons créer des produits encore plus mode, innovants, comme des patchworks de serpents ou des broderies fourrure sur fourrure » prédit-on chez Federico Albarello. La fonctionnalité est aussi un axe d’évolution pour plusieurs entreprises, avec des articles imperméables, déperlants, lavables ou carrément plus couverts pour mieux résister aux agressions diverses. Enfin, le tannage végétal, pourtant ancestral, continuera de se développer, certaines tanneries désirant même en produire davantage.

Alric agneau lavable
© Mégisserie Alric

L’écologie

De plus en plus, les marques demandent aux tanneurs de produire plus propre. Avec moins de chrome, moins de produits chimiques, moins de consommation énergétique, l’épuration et le recyclage des effluents. « Nos clients viennent faire un audit dans notre usine pour voir comment nous produisons » signale José Maria Saz de la tannerie espagnole Sarco. Certains tanneurs optent pour le tannage végétal, comme Emelda Tannnery, qui veut encore assouplir ses peaux ainsi tannées, en peaufiner et en diversifier les couleurs. Chez Sovos Grosjean, la tendance est aussi à plus de végétal pour satisfaire la demande. « Nous avons fait des essais en tannant avec des feuilles et des écorces d’arbre, pour être encore plus respectueux de l’environnement et ne pas générer d’abattage d’arbres » révèle Jean-Charles Duchêne de la mégisserie Alric. D’autres adoptent le tannage synthétique. A cet égard, la tannerie italienne Dani fait figure d’exemple : depuis 2013, elle a entrepris une transformation fondamentale de sa production et s’est vue gratifiée des certifications d’organismes italiens, français, allemand. « Nous voulons être une tannerie écologique, affirme sa représentante à Première Vision Leather, Sonia Zordan. En 2017 et 2018, nous allons encore diminuer l’utilisation de produits chimiques, réduire notre consommation d’énergie ». Pourtant, plusieurs témoins de cette enquête nous avouent qu’après s’être renseignées et avoir comparé, les marques reviennent souvent à des articles tannés au chrome qu’elles jugent au final plus beaux et performants.