L’Orylag, l’invention d’une douceur française originelle

Entretien exclusif avec Jean Boutteaud, président de la coopérative des éleveurs d’orylag.

Au cœur du salon Première Vision Paris, Maison d’Exceptions est un espace exclusivement réservé aux designers de mode et aux marques de luxe. Cet écrin accueille 27 ateliers aux savoir-faire rares et offre une diversité internationale de techniques exceptionnelles.
Pour l’édition de février 2017, Orylag rejoint Maison d’Exceptions pour la première fois.

 

L’une des spécificités clés de l’orylag est la maitrise complète de sa traçabilité par la coopérative. Une qualité labellisée Origine France Garantie qui rassure les clients…

Notre première activité, c’est un élevage pour la production de très grande qualité de lapins destinés à la consommation humaine et commercialisée sous la marque Rex du Poitou. Comme nous n’aimons pas le gaspillage, nous entreprenons un travail de recherche en vue d’améliorer le poil de l’animal, son cuir, de manière à obtenir des produits de grande qualité aussi bien pour la chair que pour la partie poil. Nous avons rattaché l’orylag à un terroir, à un territoire, à la France, plus particulièrement au Poitou Charentes où sont regroupés douze petits élevages d’orylags.  Nous ne commercialisons que ce que nous produisons, à savoir 60 000 animaux. Nous « signons » tout ce que nous vendons. Cette traçabilité est une garantie extrêmement importante pour nos clients.

 

Créé par l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), l’orylag, insistez-vous,  est issu de travaux de croisements et sélections naturelles, ce que l’on ne sait pas toujours…

Il n’y a aucune manipulation génétique, d’OGM. Ce ne sont pas des animaux transgéniques. Nous y tenons beaucoup. Ce qui explique les dimensions artisanales et non industrielles de notre travail. Le travail de croisements et sélections naturelles prend beaucoup de temps. Nous ne travaillons que sur du naturel et avec la notion d’avoir les meilleures conditions d’élevages des animaux. C’est aussi une question de choix et une éthique.

 

Que pouvez-vous nous dire sur l’invention du fil et tissu d’orylag que vous présenterez pour la première fois, de façon officielle, à Maison d’Exceptions ?

Notre axe de recherche était la création d’une fibre distincte dotée  d’un toucher unique. L’une des spécificités de l’orylag est d’être constitué uniquement de duvet très fin et très homogène. Cela procure un toucher tout à fait extraordinaire. Pourquoi ne pas sélectionner d’autres croisements avec d’autres lapins pour avoir un poil plus long, plus fin, de manière à pouvoir le filer et le tisser ? L’idée date depuis plus de quinze ans, la durée nécessaire pour sélectionner les souches animales et étudier la faisabilité de transformer le poil en un fil. Ce nouvel orylag poil long a un poil d’une longueur entre 40 et 50 mm, plus que les 18 à 20mm de l’orylag originel.  A partir de ce poil long ont été créés différents fils d’une très grande finesse, de 12 à 13 microns. Il prend très bien la teinture, qui plus est, de façon homogène. L’utilisation du fil d’orylag offre un vaste champ des possibles: de son mélange de 30 à 70%  avec de la soie ou du cachemire, par exemple, à son tissage ou tricotage. Nous avons inventé une nouvelle fibre. A nos premiers essais de tissage en chaîne et trame, ont suivi des réalisations à base de tricots et de mailles plus ou moins serrées, épaisses, avec des mélanges de matières imprégnés du toucher et de la luminosité du poil d’orylag. Des mailles plus fines et plus légères seront présentées à l’avenir. Nous en sommes au début de cette innovation.

Comment travaillez-vous avec les clients ?
Une phase d’études à partir d’un projet assez avancé permet un premier développement réalisé en  quinze jours pour des réalisations simples à six mois. Comme l’orylag est une production rare et assez exclusive, nous travaillons avant tout la qualité. Ce n’est pas une matière industrielle avec laquelle nous travaillons sur de grands volumes.

 

Comment en êtes-vous arrivé à vous investir dans la coopérative que vous présidez ?
A la base,  mon métier est agriculteur, j’ai une ferme et suis aussi producteur de légumes secs bio, porcs bio, en plus de mon élevage de lapins orylags. Souvent dans le milieu agricole, les parties transformation et commercialisation des produits sont confiées à des tiers, nous perdons alors la main sur le produit. Comme nous aimons ce que nous faisons et en somme fiers, intégrer la coopérative était un moyen de pouvoir  intervenir le plus loin possible, selon notre éthique, sur le devenir du produit.

 

Propos recueillis par Stéphanie Bui, fondatrice et rédactrice @The Daily Couture.com/fr

IMPORTANT : Maison d’Exceptions est réservé aux acteurs des marchés du luxe féminin et masculin -habillement, maroquinerie, chaussure et bijoux.
Pour une qualité de travail optimale des ateliers et des visiteurs présents, Première Vision se réserve le droit d’entrée sur cet espace.