Le réveil du sourcing de proximité : le compte-rendu de la conférence

A l’occasion de la dernière édition de Première Vision Paris , et dans le cadre de la Chair lancée conjointement avec l’IFM (Institut Français de la  Mode)  sur  «  l’économie  des  matières  créatives  pour  la  mode  »,  Première  Vision  organisait  une conférence pour comprendre les enjeux du sourcing de proximité. Réalisée à partir d’une étude menée par l’IFM, et animée par Gildas Minvielle, Directeur de l’Observatoire  économique  de  l’IFM,  elle  proposait  une analyse  des  approvisionnements  de  proximité  qui,  face  aux  instabilités économiques et politiques internationales, tendent à se renforcer dans les pays créateurs de mode.

Karim Tazi, Président de l’AMITH (Association Marocaine des Industries du textile et de l’Habillement) y présentait également un point spécifique sur la situation marocaine en matière de sourcing).

Le sourcing de proximité se redynamise

La  carte  du  sourcing  d’habillement  se  redessine  pour  l’UE.  Les  donneurs  d’ordres  européens   recommencent  à  parcourir  des  routes  de   proximité,  au  détriment  de  la  Chine  et  de  Hong  Kong.  La  hausse  concerne  surtout  le  Maroc  qui  augmente  ses  exportations  vers  l’Europe  d’environ  10%,  mais  des  orientations  positives  concernent également la Turquie et la Tunisie. En  2016,  les  pays  de  la  zone  méditerranéenne  (Maroc, Tunisie, Turquie) ont représenté 18% des importations d’habillement de l’UE, soit +2,4% en valeur  par  rapport  à  2015.  Les  pays  asiatiques,  malgré  le  succès  du  Bangladesh  (deuxième  fournisseur  de  l’UE  devant  la  Turquie)  et  du  Cambodge (cinquième), reculent de 0,9%. Ces  données  sont  extraites  de  la  conférence  consacrée au sourcing présentée dans le cadre du salon  Première  Vision  Paris. Gildas  Minvielle,  Directeur de l’Observatoire économique de l’IFM, y présentait les données concernant les importations de  l’UE  et  des  USA,  ainsi  qu’une  étude  réalisée  auprès  d’une  centaine  de  détaillants  sur  leurs  stratégies de sourcing.

LES RÉSULTATS

Les importations européennes s’élèvent à 80 milliards €* et sont stables par rapport à 2015.

La Chine reste un acteur central, incontournable, avec  un  taux  de  croissance  annuel moyen  de  ses  exportations  d’habillement  de  12%  entre  2002  et  2015.  Elle  est  le fournisseur  numéro  1  de  l’UE  (34,9%), mais sa part de marché est en baisse de   3 points par rapport à 2015. Comment  expliquer  cette  inversion  de  tendance  en  faveur  des producteurs  de  la  zone euro-méditerranéenne ?« Le  contexte  incertain  favorise  le  sourcing  de  proximité  –  explique  Gildas  Minvielle.  Les  marges  des distributeurs européens ont notamment été fragilisées par les évolutions de taux de change cequi les conduit à tenter de limiter les soldes et les promotions.En outre, les achètent en fonction de la météo et se décident à la dernière minute. Par conséquent, les distributeurs évitent de s’engager dans des commandes de long terme trop importante et privilégie la proximité».

D’autres facteurs peuvent expliquer ce retour vers une production de proximité : une production proche offre de meilleures garanties sur le respect des normes environnementales et sociales dans les processus de fabrication. Aux USA, les valeurs des importations sont très proches de celles de l’UE (81,5 milliards de $), en baisse de 5,4% par rapport à 2015. Chine et Hong Kong diminuent de 8,7% en valeur et de 3% en volume ; les pourcentages sont également à la hausse pour les importations d’habillement en provenance du Vietnam, deuxième fournisseur (+2% en valeur et +4,3% en volume) des donneurs d’ordres américains. Plus généralement, les importations des pays asiatiques restent élevées car ancrées dans la « culture » américaine.

En France, les importations ont représenté 19,4 milliards d’€, stables par rapport à 2015. La Chine reste le premier fournisseur (30% des importations d’habillement en valeur), mais les importations diminuent (-6,7% en valeur et 2,7% en volume). En revanche, le Bangladesh monte en puissance (+15 ,6% et +23,8%) poussé, entre autres, par un coût de main d’œuvre très bas. L’Europequi, en 2000, constituait 29% des importations françaises d’habillement, n’en représente plus aujourd’hui que 18%. Le troisième fournisseur de la France est l’Italie, qui voit ses exportations enregistrer une croissance de 6% en valeur vers la France. Les pays de l’Est ne représentent, eux, que 5% des importations françaises. Venons-en à l’enquête menée par l’IFM auprès d’un panel de 100 donneurs d’ordres représentant les différents circuits de distribution. 27% d’entre eux ont pratiqué une baisse des prix comprise entre 0 et 5% en 2016, 38% n’ont pas changé leurs prix et 30% les ont augmentés entre 0 et 5%. En 2017, ces mêmes distributeurs prévoient à 41% de diminuer leurs commandes en provenance de la Chine, 51% pense les augmenter depuis la Turquie (48% pour le Maroc et 41% pour la Tunisie). Le Portugal devrait gagner des parts de marché dans l’Hexagone avec un positionnement haut de gamme centré surtout sur la maille. Enfin, de nombreux distributeurs propose désormais des productions made in France dans leur collection. Les commandes de court terme (en cours de saison) représentent aujourd’hui environ 22% des approvisionnements et celles de moyen terme (entre 6 mois et le début de la saison) 36%. Ce type de sourcing devrait, selon les entreprises interrogées, voir son importance relative augmenter au détriment des commandes de long terme (plus de 6 mois avant le début de la saison).

L’EXEMPLE DU MAROC

Avec une hausse des exportations vers l’UE de 10% par rapport à 2015, le Maroc ne cache plus ses ambitions de devenir le premier acteur d’Afrique dans le textile. Essentiellement composé de moyennes et petites entreprises (1600), le secteur textile marocain a produit en 2016 un milliard de pièces et exporté 3 066 millions euros. Il compte créer 100 000 emplois à l’horizon 2020 (190 000 emplois aujourd’hui) dans son projet de développement qui a reçu le soutien des pouvoirs publics. «Nous avons observé la hausse des prix de notre principal concurrent, la Chine et nous avons compris que le savoir-faire du Maroc pouvait redevenir très compétitif, en particulier dans la fast fashion. Par exemple, nous sommes aujourd’hui devenus les principaux fournisseurs de Zara dans le monde » explique Karim Tazi, président de l’Amith, l’association qui réunit les principales entreprises du textile-habillement Marocain.