Compte-rendu de conference

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Smart Conversation : intégrer de nouvelles valeurs responsables dans l’industrie de la mode et du textile.

A l’occasion d’une masterclass exceptionnelle qui a réuni plus de 200 personnes le 15 septembre dernier, Première Vision initiait sa première Smart Conversation, entourée d’experts et de professionnels prestigieux, sur les thématiques de valorisation et d’intégration d’une nouvelle génération de valeurs dans les industries de la mode et du textile grâce à l’innovation et la création responsables.

Un événement qui a également permis à Première Vision de présenter ses initiatives mises en place dans ce domaine et dans le cadre de la Smart Creation Première Vision : Retour sur cet événement au succès incontesté et qui n’et que le début d’une série d’initiatives menées par Première Vision sur le sujet de la production et de la création responsables.

Participants :

Philippe PASQUET, Président de Première Vision

Caroline RUSH, Chief Executive du British Fashion Council (BFC)

Carlo CAPASA, Directeur de la Camera Nazionale della Moda Italiana (CNMI)

Chantal MALINGREY, Directeur Marketing et Développement, Première Vision

Modératrice :

Giusy BETTONI, Présidente fondatrice de C.L.A.S.S., conseil en innovation durable pour le textile, la mode et le design.

La conférence a été ouverte par M. Philippe Pasquet, qui a rappelé aux participants la mission de Première Vision, acteur central et historique des secteurs de la mode et du textile. Il a introduit le thème de la conférence et la réponse de Première Vision aux nouveaux défis de la responsabilité. Le lancement des initiatives ‘Smart Creation’ et ‘Smart Conversations’, mises en place à partir des études internationales menées par une équipe d’experts internes et externes, représente un premier pas, accompli de manière partagée par les principales institutions internationales de la mode, afin de véhiculer ces valeurs et un nouveau modèle de business sur le marché. Surtout, il a rappelé combien la nouvelle valeur de responsabilité est cruciale pour l’avenir de l’industrie de la mode.

Chantal MALINGREY a expliqué que, loin d’être un nouveau label ou une initiative liée à la seule mise en avant de produits écologiques, le programme ‘Smart Creation’ est destiné à devenir une stratégie à long terme pour l’ensemble de la filière, en vue de transmettre aux secteurs textiles et mode de nouvelles valeurs dictées par les consommateurs : non seulement la demande de produits éco-compatibles, mais aussi un plus grand respect des conditions sociales dans les domaines de la fabrication et de la production d’habillement. Les marques et les grands groupes sont déjà très actifs sur ces questions, auxquelles ils consacrent des investissements croissants. En agissant à une plus large échelle, Première Vision entend informer et améliorer la transparence auprès de tous les acteurs présents à ses différents salons. Ces informations sont recueillies par le biais d’un questionnaire facultatif appelé ‘Smart Facts’, qui demande aux exposants de mettre en évidence la traçabilité des matières premières, la transparence des processus de production, les initiatives d’entreprise et sociales à plus grande échelle. Le jour de la conférence, 150 exposants avaient déjà répondu et beaucoup d’autres ont suivi ou vont suivre. Si Première Vision énumère déjà les sociétés qui ont participé à cette étude via son application mobile, les résultats complets seront publiés dès que possible, à travers des outils de communication ciblés.

Caroline RUSH a illustré la nature historique de l’engagement du British Fashion Council, avec notamment le lancement en 2006 de la plate-forme Estethica, visant à promouvoir la mode durable à la fois au cœur de la London Fashion Week et dans le secteur de la mode grand public. La stratégie ‘Positive Fashion’ du BFC vise à incorporer la mode durable à tous les niveaux du projet : business, éducation, numérique/innovation, investissements et image de marque.

Le comité stratégique est constitué de membres en provenance de tous les domaines du secteur, y compris les distributeurs-détaillants high street, tels Marks and Spencer. Au lieu de repartir de zéro, le BFC essaie d’adopter, de partager et de favoriser les meilleures pratiques. Caroline Rush a remarqué que, en règle générale, la plus grande difficulté consiste à identifier les sociétés capables de tenir tête aux grandes marques et de conjuguer une vision conceptuelle forte avec des valeurs de durabilité. Le BFC aide à aborder ces problèmes à travers un système de mentorat qui assiste les petites entreprises dans le développement de leur propre design focus, tout en leur fournissant un support en matière d’approvisionnements et de conformité. Un exemple récent est celui du designer Christopher Raeburn, soutenu par la plate-forme Estethica. En échangeant avec Giusy Bettoni, Caroline Rush a expliqué que le BFC peut aider le marché dans son ensemble en partageant et en favorisant de meilleures pratiques et aussi en identifiant des espaces d’amélioration, par exemple dans la mise en place des normes de durabilité.

En déclarant que “l’avenir sera durable”, Carlo CAPASA a réaffirmé avec force le caractère essentiel de la responsabilité dans la mode. Il a présenté des statistiques selon lesquelles, il y a deux ans seulement, 2% des acheteurs exigeaient des critères de durabilité ; aujourd’hui, ce pourcentage est passé à 30%. Dans un premier temps, la CNMI a réuni, au sein d’un comité, dix grandes marques de la mode italienne (Gucci, Prada, Armani, Ermenegildo Zegna, Valentino, Salvatore Ferragamo, OTB, Loro Piana, Staff International, Versace) pour travailler ensemble à l’élaboration de standards communs pour l’ensemble du secteur. Le premier aspect abordé a été celui de l’utilisation de produits chimiques dans les tissus. Une étude a été menée sur les fabricants de textiles italiens (ses résultats sont attendus en octobre 2015) pour servir de base aux négociations qui devront aboutir à l’élaboration de standards pour le secteur. A noter que plusieurs fabricants ont déjà pris des mesures qui vont dans cette direction. Par exemple, 27% des exposants de Première Vision possèdent une dimension durable. La prochaine étape de la CNMI consistera à aborder les problèmes de la présence de substances chimiques dans le processus de production, mais aussi l’origine des tissus et l’environnement social (usines, bureaux et boutiques). En travaillant avec de grandes marques, l’ambition de la CNMI est de donner l’exemple et d’établir des références pour un cercle vertueux qui obligera d’autres acteurs à appliquer les mêmes standards.  

Après les présentations des intervenants, animées par Giusy Bettoni, le public a été invité à leur poser des questions. Celles-ci ont été pertinentes et directes. Comment ces différentes initiatives du secteur s’intègrent-elles avec les actions déjà existantes (par exemple, Greenpeace) ? Est-ce que les consommateurs ont atteint un point de basculement entre le prix et les valeurs réelles des produits ? Ces valeurs sont-elles menacées par le ralentissement économique ? Pourquoi ces initiatives sont-elles exclusivement liées à une perspective de business ? La ‘responsabilité’ peut-elle vraiment s’appliquer à la Fast Fashion ? L’initiative de Première Vision ne devrait-elle pas être plus rigide, en imposant des critères de durabilité aux exposants ?

Les différents intervenants ont répondu de manière très franche à ces questions. Les institutions représentées à la conférence sont prêtes à collaborer avec toutes les autres structures et initiatives existantes, mais elles considèrent qu’une nouvelle approche, spécifique pour la mode et issue du « cœur » du secteur, est nécessaire ; que l’adoption d’un nouveau modèle de business et d’une nouvelle culture d’entreprise durables demandera du temps ; qu’une perspective de business signifie que les nouvelles valeurs peuvent être appliquées sur l’ensemble de la chaîne de production du secteur ; que ces valeurs sont présentes depuis longtemps dans le secteur de la mode, indépendamment du ralentissement économique ; que les acteurs de la mode grand public et rapide sont en réalité des leviers clés pour le changement de valeurs et qu’ils sont d’ailleurs déjà impliqués dans ces initiatives (ex. Marks and Spencer au Royaume-Uni) ; que l’objectif du programme Smart Creation Première Vision est de soutenir et favoriser la diffusion de nouvelles valeurs dans l’ensemble du secteur, bien au-delà donc de simples acteurs individuels.

Soyons Smart!