Bilan produits

Couleurs, finitions, développements, découvrez les cuirs plébiscités par les acheteurs.

Produits et finitions : les tops de la saison

Malgré la profusion des articles présentés par les tanneurs et leur créativité généreuse, les acheteurs demandent souvent des modifications pour réaliser exactement leurs idées. Certains veulent des cuirs plus souples, plus naturels ou plus doux ; d’autres les préfèrent plus rigides, plus couverts ou plus fantaisie. Néanmoins, quelques tendances se dégagent après ces trois jours d’intense travail.

Dans la catégorie des ovins, l’agneau plongé reste incontournable ; mais certains visiteurs le souhaitent à présent plus brillant, voire avec un finissage le rendant moins fragile, métallisé par exemple. L’agneau stretch est toujours beaucoup demandé, ainsi que l’agneau lavable pour les empiècements dans le prêt-à-porter. Le nubuck d’agneau attire certaines convoitises, malgré sa fragilité. En dépit de la connotation estivale de cette édition, le merinillo à poils longs a aussi séduit. Une taille au dessus, le mouton lisse s’avère une solution abordable pour le vêtement à condition d’être suffisamment fin. On l’a vu également verni, imprimé d’un grain mécanique, sérigraphié et même éraflé de petites coupures en surface comme chez Tannery Arena.

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Mégisserie Alric

La chèvre crispée au foulon, naturelle ou avec un finissage, ne démérite toujours pas. Une brillance par polissage n’est pas de refus pour les amateurs de cuir caprin. Non plus qu’une fantaisie pailletée par laminage pour les plus audacieux.

Chez les bovins, le veau demeure le nec plus ultra pour la maroquinerie et la chaussure surtout. D’autant que les tanneurs peuvent en faire varier la brillance et le toucher à la demande et l’assouplir d’un « simple » foulonnage. C’est bien sûr lisse et peu couvert qu’il est le plus prisé. Mais une crispation chimique qui en accentue le grain est aussi bienvenue. Tout comme le liégeage, présenté par les Tanneries Roux, qui lui donne un relief sans artifice. « On nous demande souvent des compromis entre différents articles de notre gamme » note Michèle Baudens, la directrice Business Développement de l’entreprise drômoise.

A la fois souple, fin et plus grand que l’agneau, le baby veau fait d’autant plus l’unanimité que ses représentants sont peu nombreux. A l’opposé, les grandes peaux de bovins font toujours des heureux en version naturelle pleine fleur et souple ou au contraire personnalisées à l’aide d’un film.
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Tanneries Roux

Enfin, du côté des cuirs exotiques, le croco remporte toujours tous les suffrages, particulièrement dans sa finition vêtement très affinée et souple.

 Le python, plus sensible aux caprices de la mode, ne cesse de se réinventer par des interventions parfois très élaborées et coûteuses.

Enfin, le cuir de saumon, en finition transparente ou métallisée, concurrence de plus en plus les reptiles.

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Novalpina                                        Atlantic Leather

Les couleurs

En dehors des indétrônables classiques que sont le noir, le marron, le cognac, le camel et le gold, les couleurs pastels déclinées par certains tanneurs ont suscité l’intérêt de plusieurs visiteurs.

« Même si les marques imposent souvent leurs choix de couleurs, nous nous devons de proposer une gamme qui donne envie » déclare un professionnel. La palette de crème, ivoire et beige chez Giancarlocaponi, par exemple, a connu un beau succès. Le gris perle, tout aussi estival, a également attiré l’attention. Tout comme le bleu azur et le rose, plus affirmés.

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Fedi Silvano Leather

Et les métallisés continuent de ravir les stylistes moins conventionnels.

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Conceria Centrorettili

Projets et développements

Si certains tanneurs se disent plutôt réactifs aux tendances du marché, d’autres sont franchement pro-actifs pour stimuler les envies de leurs clients et inspirer leur créativité. Bien sûr, les classiques peuvent toujours être améliorés et c’est la gageure à laquelle se tiennent les plus prudents. Mais beaucoup sont plus entreprenants et jouent à plein leur rôle de partenaires des marques en cherchant de nouvelles métamorphoses du cuir. A cet égard, l’exemple de Giancarlocaponi est révélateur d’une volonté farouche d’innover : « nous voulons proposer encore plus d’originalité, notamment avec les panneaux brodés que nous faisons réaliser en Inde » déclare la responsable de recherche et développement Antonella Mattesini.

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Giancarlocaponi

Chez les mégissiers, on nous annonce vouloir encore alléger les cuirs, et traiter le côté chair, par ponçage ou finissage, pour les rendre réversibles. On s’autorise un finissage sur le plongé, pourvu qu’on parvienne à en améliorer la souplesse à des fins vestimentaires. On a aussi la volonté d’élargir l’offre de films, de grains mécaniques, de motifs d’impression digitale et d’interventions de surface (comme les coupures) à l’aide de machines toujours plus sophistiquées qui transforment les aspects tout en remédiant au problème d’imperfections de la fleur. « Nous allons développer les films, en particulier métallisés. Même s’ils dénaturent un peu le toucher, ils sont une solution plus économique que le finissage » explique Carles Blancfort de Curtidos Bassols. Le spécialiste de double face Platin Deri veut augmenter son offre d’agneaux plus jeunes, dont les peaux sont certes plus petites, mais également plus légères, plus douces et « font encore plus luxe », dixit son patron Faik Kutuk.

Pour la chèvre, la provenance est déterminante et selon son pays d’importation, son aspect peut varier sensiblement en dehors même de tout critère qualitatif. « Nous voulons encore diversifier nos sources d’approvisionnement, explique le responsable commercial de Marinelli Walter, Paulo Santarelli. Des maisons refusent certaines provenances ». Selon un autre spécialiste, son toucher et sa souplesse peuvent encore être perfectionnés pour mieux rivaliser avec l’agneau.

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Emelda Tannery

Chez les tanneurs de grandes peaux, on cherche des finissages plus naturels et plus fonctionnels, plus faciles à mettre en œuvre aussi pour les façonniers. L’impression digitale fait également l’objet de recherche (nouveaux motifs, nouvelles encres) pour répondre à la demande croissante d’exclusivité des griffes.

Enfin, pour pouvoir proposer davantage de premier choix à leurs clients, un grand nombre de tanneurs de tous types de cuir (agneau, chèvre, veau, exotiques) cherchent à optimiser leurs approvisionnements avec les fournisseurs les plus fiables.

L’écologie

Les tanneurs de Première Vision Leather suivent tous scrupuleusement les réglementations européennes et de leur pays, ce qui est déjà une solide garantie pour l’écologie de leur production. Beaucoup affichent des certifications très sérieuses telles que l’ISO 9001 et plus encore l’ISO 14001 spécifique à la protection de l’environnement. La réglementation EMAS (SMEA en français) est aussi au programme de pas mal d’entre eux, ce qui entraine une réduction sensible de leur impact environnemental en termes de consommation de ressources et d’énergie. Tous suivent aussi les contraintes des normes Reach sur la détection des substances dangereuses. « Nous collaborons avec nos fournisseurs de produits chimiques pour éliminer les produis polluants » témoigne un sondé. Mais nombreux sont ceux qui vont d’eux-mêmes au delà des obligations légales et mènent d’intenses recherches pour être encore plus « verts ». Et, dans les grands groupes notamment, quelques entreprises disposent d’une division HSE ou QSE dédiée à la sécurité et l’environnement.

Le tannage au chrome est parfaitement maîtrisé et contrôlé, ce qui en annule quasiment les risques. « Le chrome est précipité et récupéré et les eaux usées sont traitées et recyclées » rappelle un exposant. Toutefois, plusieurs tanneurs – il est vrai sous la pression de certaines maisons – s’efforcent de réduire l’utilisation du chrome. Et c’est d’abord par le tannage végétal qu’ils veulent y parvenir. Ils poussent donc leurs recherches pour parfaire la teinture sur base végétale, la résistance à la lumière et à la chaleur et la souplesse des peaux de tannage végétal. « Nous sommes en train de mettre au point des cuirs bio-dégradables » avance même Antonella Mattesini de Giancarlocaponi. « Notre partenaire allemand Ecopell est très avancé sur la question écologique puisque toute sa chaîne de production est écologique, depuis les élevages bio qui lui fournissent les peaux, jusqu’aux colorants organiques dans les teintures, en passant par le tannage végétal bien sûr » explique Alexandre Mazurier de Maison Fichet. Les process font aussi l’objet d’amélioration, en particulier les bassins de décantation, et des investissements « dans de nouveaux foulons ou des machines de finissage plus performantes » contribuent aux efforts pour produire des cuirs plus responsables. « Un de nos partenaires est en train de remplacer son sourcing du Bangladesh par des fournisseurs en Argentine, pour plus de garantie » ajoute le responsable de Maison Fichet. Parallèlement, les recherches sur le tannage synthétique se poursuivent pour en améliorer les résultats et la compétitivité, encore en deçà des autres méthodes de tannage. Mais chacun veille ici à ne pas divulguer d’informations secrètes pour préserver l’avancée de ses travaux encore en cours.

 

PREMIERE VISION LEATHER – HALL 3