Bee Luxe, maison indienne de broderie d’art et d’exploration textile contemporaines

Entretien exclusif de Sanchita Ajjampur, fondatrice de Bee Luxe.

 Au cœur du salon Première Vision Paris, Maison d’Exceptions est un espace exclusivement réservé aux designers de mode et aux marques de luxe. Cet écrin accueille 27 ateliers aux savoir-faire rares et offre une diversité internationale de techniques exceptionnelles.
Pour l’édition de février 2017, Bee Luxe rejoint Maison d’Exceptions pour la première fois. 

Bee Luxe est reconnue pour sa capacité à réinterpréter la broderie artisanale indienne d’excellence pour de grandes maisons de mode. Mais vous avez toujours collaboré avec des artistes, des designers…

En 1996, nous avons commencé par le travail du tissage artisanal et le tissu : les plumes tissées dans de la soie, le tissage avec des fils d’or et des mousselines de soie d’une finesse extraordinaire provenant de Mongolie… Nous avons habillé des personnalités du monde de l’art comme Robert Rauschenberg. Pour certains projets artistiques et de design, nous avons collaboré, entre autres, avec Alessi, Swatch watches ou Jaguar et avec les artistes Arianna Caroli et John Drake Moore pour des projets d’arts appliqués. Nous avons même brodé avec de vraies dents !

Quelles sont les créations les plus folles que vous ayez réalisées ?

Des pièces de broderie incroyables réalisées avec de vrais coquillages et de vrais cheveux issus du temple indien de Tipuari. C’était pour Alexander McQueen avec qui nous avons collaboré pendant neuf années. Une période de création extraordinaire où nous transformions les matières en une fabuleuse harmonie de formes et de surfaces.  Beaucoup de ces broderies faisaient partie de son exposition rétrospective au Metropolitan Museum of Art de New York.

En quoi les broderies de Bee Luxe sont-elles singulières ?

Nous travaillons avec des artisans brodeurs originaires du Bengale, une région spécialisée dans la broderie traditionnelle très haut de gamme. De façon très contemporaine, avec délicatesse et fragilité, nous réinterprétons ce savoir-faire perpétué de génération en génération depuis l’empire mongol. J’aime déconstruire la matière pour en faire une surface décorative tridimensionnelle constituée en multicouches. Une centaine d’artisans regroupent les savoir-faire de la broderie, du cuir, de la chaine et trame et de l’impression fait main. Tous viennent de régions différentes. Nous parlons quatre ou cinq langues chaque jour !

Quels sont les tout derniers développements que vous présenterez à Maison d’Exceptions ?

Nous présenterons nos tissages et impressions du raphia. Même si elle est très brute et donne l’impression d’être pauvre, la fibre de raphia est exceptionnelle et très riche par les mélanges qu’elle permet. Nous la brodons de façon très fine avec des perles, des fils dorés et des fils de coton ou avec de la soie. Nous obtenons une surface textile tridimensionnelle habitant l’espace tout en mouvement, comme une danse. Aux côtés de nos créations très sophistiquées,  exposées sous forme d’échantillons et d’applications sur des chaussures et des robes, seront présentés nos derniers développements avec l’indigo sur le raphia et le coton, le tout façonné en street style chic, car c’est la tendance.

Comment se déroule la collaboration avec les clients ?

Nos clients peuvent s’immerger dans nos archives de 50 000 pièces. Mais il faut leur expliquer le temps imparti à la réalisation car, par exemple, certaines productions de vestes en cuir nécessitent 500 000 heures de travail. Comme nous avons les mêmes clients haut de gamme depuis des années, ils comprennent bien les procédés de broderie et savent que nous avons l’expérience et la logistique nous permettant de suivre le rythme effréné des collections. Le luxe d’aujourd’hui exige la capacité d’habiter plusieurs espaces mentaux et physiques simultanément: la création originelle, la méthodologie et l’exécution.

Comment en êtes-vous à arriver à créer Bee Luxe ?

Je me sens très gitane. Je suis toujours en mouvement. Elevée en Europe, imprégnée de la culture indienne, avec l’allemand comme première langue, j’ai, par la suite, vécu dans le monde entier. Travailler avec mon point de vue multiculturel, même si c’est très difficile en Inde, est une de mes forces : elle permet la synergie avec les attentes des clients. D’où le nom de Bee Luxe, en référence aux abeilles. Comme elles, nous vivons en colonies, constituées de milliers d’individus, en vue de faire perdurer un monde où chaque élément est animé par l’esprit de la ruche sans cesse affairé, relié à des réseaux linguistiques et imprégné d’un imaginaire métaphorique. Nous aussi cultivons les détails cachés, arborons des couleurs, poursuivons notre quête en vue de créer un nectar d’esthétique. Avec Bee Luxe, j’aspire à créer une harmonie avec la Nature sublimée par les mains magiques des artisans.

Propos recueillis par Stéphanie Bui, fondatrice et rédactrice @The Daily Couture.com/fr

IMPORTANT : Maison d’Exceptions est réservé aux acteurs des marchés du luxe féminin et masculin -habillement, maroquinerie, chaussure et bijoux.
Pour une qualité de travail optimale des ateliers et des visiteurs présents, Première Vision se réserve le droit d’entrée sur cet espace.